Elle est grande, belle, et élancée. Elle est aussi romantique, triste et sale. Parfois, elle s’éteint et se cache sous des brouillards sombres et d’autres fois je la vois éclatante et fière. C’est dingue, mais qui est-elle ? Pour les uns, c’est le malheur et pour d’autres, elle représente un indescriptible bonheur. L'élégante le sait et s'en amuse. Ma première rencontre avec elle fût désastreuse : je l’ai détestée au premier regard. Mais pour qui se prend-elle ? Cette diva sur le retour vendue au plus offrant. Comme toutes les héritières d’une grande histoire, elle se flatte d’appartenir à un rang élevé et entoure son parcours de mythes et de rôles intimement liés à l’Histoire. Vanité.
 
Et puis, un jour…
 
Il m’a fallu la fréquenter. Beaucoup et souvent. La regarder. Je veux dire la regarder vraiment, à travers son époustouflante beauté. Telle qu’elle est. Ne pas s’arrêter à sa réputation, à ce que l’on dit d’elle et à qui elle s’est vendue : les russes, les arabes, les chinois,… A moins de l’aimer vraiment, on ne peut pas deviner ce qu’elle a offert à ces sans-le-sou désœuvrés, à ces paires de bras usés, à ces exilés à genoux. Avec la même générosité. Elle ne s’appartient pas parce qu’elle est à tous ceux qui la veulent. Oui facile et alors ? Quelle plaisir peut-on avoir à aller vers le difficile ? La simplicité est si rafraichissante et elle est si simple. On pardonne alors ses adorables défauts, son infidélité et même sa féminine cruauté.
 
Je ne la connaissais pas…
 
La moralité, c’est que l’on se remet de toutes les déceptions n’est-ce pas ? Un amour, une amitié, un job… Combien de faux départ avons-nous effectué avant d’ouvrir un peu plus grands les yeux et d’apprivoiser les beautés qui nous entourent ? Le temps c’est le baume du tigre ou la touche éclat d’YSL : un élément essentiel de survie. Avec le temps qui passe, on apprend que toute spontanéité n’est pas nécessairement bienveillante. Commencer par ne pas aimer n’est pas un drame. J’en suis convaincue et ce n’est pas un état d’esprit particulier à ce jour. C’est une certitude : on peut apprendre à aimer. On peut s’attacher aux détails et s’enticher d’une grâce informe. On peut s’agacer de détails et menacer de quitter. On peut même regarder ailleurs et s’imaginer avec une autre qui serait plus confortable. Mais sera-t-elle jamais aussi vraie ?
Paris, je t’aime.